Interview du CEO Jean-Laurent Bonnafé - Résultats annuels 2014 fr


EuroBusiness Media (EBM) : BNP Paribas, l’une des banques leader en Europe, publie ses résultats annuels 2014. Jean-Laurent Bonnafé, bienvenue !

Jean-Laurent Bonnafé : Bonjour !

1) Quels sont vos commentaires sur les résultats du Groupe pour l’année 2014 ?

BNP Paribas publie cette année un résultat net part du Groupe de 157 millions d’euros. Nos résultats 2014 enregistrent notamment l’impact de l’accord global conclu avec les autorités des États-Unis, pour un montant de 6 milliards d’euros.

Si l’on exclut cet impact ainsi que les autres éléments exceptionnels et que l’on regarde la performance sous-jacente, le résultat net atteint le montant significatif de 7 milliards d’euros.
Le produit net bancaire progresse dans toutes nos divisions, en hausse de 3,2% hors exceptionnels. Cette croissance des revenus a été notamment tirée par la très forte performance de nos métiers spécialisés en 2014.

La très bonne maîtrise des coûts dans nos 3 grands pôles ainsi que la mise en place de notre plan Simple & Efficient ont permis une progression de 5.6% du résultat brut d’exploitation, hors éléments exceptionnels.

Le coût du risque recule à 57 points de base, la hausse du coût du risque chez BNL en Italie ayant été plus que compensée par les améliorations notamment chez CIB – Corporate Banking et Personal Finance.

Ainsi, notre performance opérationnelle en 2014 est bonne et, malgré l’accord conclu aux États-Unis, nous proposons, comme nous l’avions annoncé, une distribution de dividende de 1,5 euros, inchangé par rapport à l’année dernière, soit un rendement d’environ 3%.

2) Domestic Markets s’est montré résilient en 2014 malgré une conjoncture morose en Europe. Comment ont évolué vos différents métiers ?

En 2014, Domestic Markets conserve une bonne dynamique commerciale en termes de collecte de dépôts en France, en Belgique et chez Consorsbank en Allemagne.
La demande de crédit, de son côté, s’est graduellement stabilisée au cours de l’exercice.
Dans le domaine du cash management, nous avons confirmé notre leadership européen ainsi que notre première place en France et en Belgique.

L’année 2014 a également été la première année complète d’activité de notre banque digitale, Hello Bank ! dont le nombre de clients a augmenté à plus de 800.000 en Allemagne, Belgique, France et Italie à la fin d’année.

De plus, malgré cette environnement morose que vous évoquez, nous avons continué d’investir dans notre réseau Retail en mettant en place les différents nouveaux formats d’agences pour répondre aux évolutions des besoins de nos clients.

Domestic Markets réussit à maintenir la progression de ses revenus en 2014, avec une bonne performance de notre réseau de détail en Belgique et de nos métiers spécialisés : Arval, Leasing Solutions et Personal Investors. C’est un résultat remarquable en particulier compte tenu du niveau durablement bas des taux d’intérêt.

Grâce à nos efforts continus de contrôle des coûts, en lien également avec la mise en oeuvre du plan Simple & Efficient, nous avons réussi à maintenir notre structure de coûts stable en 2014. Avec un effet de ciseaux positif de 1,3 points, nous avons réussi à améliorer encore le coefficient d’exploitation de Domestic Markets.

Enfin, Domestic Markets confirme sa forte capacité bénéficiaire, avec un résultat avant impôt de 3,4 milliards d’euros en 2014.

3) Chez International Retail Banking, la progression des encours de crédit reste soutenue. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Bien sûr ! Si nous considérons d’abord Europe-Mediterranée, à périmètre et à change constants, la croissance des encours y atteint +12% par rapport à l’an dernier. Cela s’explique en particulier par la forte progression des encours de crédit chez TEB en Turquie. En parallèle, nous avons continué d’améliorer notre collecte de dépôts dans la plupart des pays.

Au compte de résultat, cela se traduit par une croissance à deux chiffres des revenus.
Les frais de gestion restent maîtrisés, malgré des investissements visant à renforcer notre dispositif commercial en Turquie et au Maroc.
Bien que le coût du risque d’Europe-Med subisse l’effet des événements en Europe de l’Est, le résultat avant impôt s’améliore par rapport à l’exercice précédent, à 385 millions d’euros.
Dans l’ensemble, l’année aura donc été dynamique pour Europe-Méditerranée. Il est également important de mentionner l’acquisition de Bank BGZ en septembre en Pologne, qui fera de BNP Paribas une banque de référence dans ce pays.

Aux États-Unis, les encours de crédit de BancWest ont progressé de 6% sur l’année, tirés par une forte demande des crédits aux entreprises et des crédits à la consommation. Cette forte progression s’est accompagnée de celle des dépôts, à un rythme similaire.

BancWest a également vu croître les actifs sous gestion de la banque privée, à 8,6 milliards de dollars en fin d’année, et a continué de développer le « Mobile Banking », avec quelques 280.000 utilisateurs mensuels.

Les revenus se sont améliorés de 1% en 2014 mais ont profité d’un moindre niveau de plus-values sur titres que l’année précédente. Hors cet élément, le produit net bancaire progresse en fait de 3,6%. Les revenus ont bénéficié d’une bonne augmentation des volumes mais ont subi l’effet d’un niveau défavorable des taux d’intérêt.

Les frais de gestion ont été pénalisés par l’augmentation des coûts réglementaires, en particulier ceux liés à CCAR et IHC, le renforcement de la structure commerciale étant partiellement compensé par les économies que génère la rationalisation du réseau.

Dans l’ensemble, BancWest confirme sa contribution significative à la rentabilité du groupe, avec un résultat avant impôt de 732 millions d’euros.

4) Dans le domaine du crédit à la consommation, vous avez très sensiblement développé votre activité. Comment décririez-vous les résultats de Personal Finance en 2014 ?

Personal Finance a eu une année particulièrement active, comme en témoignent les nouveaux partenariats et les acquisitions ciblées finalisées au cours de l’exercice. Je fait référence à l’acquisition de la participation résiduelle de 50% dans LaSer (qui a contribué à renforcer notre position de premier acteur spécialisé en Europe) et je pense également à l’acquisition de RCS, en Afrique du Sud, ainsi qu’aux activités de crédit à la consommation de JD Group.
De plus, nous avons conclu de nouveaux partenariats dans le secteur de la distribution, sur des marchés prometteurs tels que la Chine et le Brésil, et de nouveaux partenariats en financement automobile dans certains marchés clefs pour notre développement, comme la Turquie et la Belgique.

Le succès de ces développements s’est traduit par une augmentation des revenus du métier, particulièrement en Allemagne, en Belgique et en Europe centrale.
Compte tenu du bon contrôle des coûts et de l’amélioration du coût du risque, le résultat avant impôt de Personal Finance a progressé de plus de 16% à base comparable, dépassant 1,1 milliard d’euros.

5) Quelle a été la performance du pôle CIB en 2014 ? Vous venez d’annoncer une nouvelle gouvernance pour CIB : quelles sont les principales modifications mise en oeuvre ?

La performance de notre pôle CIB est globalement satisfaisante en 2014. Les revenus progressent de 2,1%, hors effet de l’introduction de la FVA (Funding Valuation Adjustment), qui a eu un impact de 166 millions d’euros en 2014 sur notre Fixed Income.

La progression des revenus a été tirée par l’activité clientèle dans Conseil et Marchés de Capitaux, alors que la VaR restait à un niveau très faible.
Fixed Income, a enregistré de bonnes performances sur le Change et les Taux, mais l’activité Crédit a été plus faible pendant l’année.
Au sein d’Actions & Conseil, l’activité Dérivés Actions progresse sur les produits structurés et les activités de flux.
Les revenus de Corporate Banking sont en forte hausse en Asie-Pacifique et connaissent une bonne dynamique dans la zone Amériques. En Europe, les revenus du secteur Énergie & Matières premières diminuent, mais l’activité progresse légèrement dans les autres secteurs.

S’agissant des coûts, le pôle CIB doit également faire face à l’augmentation des coûts réglementaires. Simultanément, CIB continue de mettre en oeuvre ses plans de développement, dont le coût est partiellement compensé par les effets positifs du plan Simple & Efficient. Le coefficient d’exploitation reste en ligne avec le niveau de l’an dernier, hors effet non récurrent de l’ajustement FVA.

Le coût du risque de CIB reste faible cette année, grâce notamment à certaines reprises de provisions en cours d’année. Le résultat avant impôt à périmètre et change constants progresse ainsi de 13,7% et dépasse 2,5 milliards d’euros.

S’agissant de la nouvelle gouvernance de CIB, elle s’est accompagnée du changement de nom du pôle en Corporate & Institutional Banking pour marquer l’importance accordée aux besoins de nos 13.000 clients entreprises et institutionnels. Cette nouvelle gouvernance comporte :
- la création d’un nouveau métier Global Markets regroupant l’ensemble des activités de marché ;
- le rapprochement de Securities Services avec CIB ; et
- la simplification de l’approche régionale par la création de trois grandes régions, à savoir EMEA, Amériques et Asie-Pacifique.

La mise en œuvre de ces changements vise un triple objectif :
1) d’abord, renforcer la présence du Groupe auprès des clients institutionnels tout en élargissant l’offre de produits ;
2) ensuite, adapter et simplifier l’organisation à destination des clients entreprises et renforcer la plateforme de financement ; et
3) enfin, améliorer l’efficacité opérationnelle par une réduction structurelle des coûts ainsi qu’une industrialisation et une mutualisation plus poussée des plateformes.
Au global, il s’agit, pour CIB, d’une nouvelle étape visant à accélérer l’évolution de son modèle.

6) Pour Investment Solutions, que faut-il retenir de la performance sur l’année 2014 ?

En 2014, le montant des actifs sous gestion d’Investment Solutions progresse de 63 milliards à 917 milliards d’euros, en raison principalement d’un fort effet de performance, mais aussi, dans une moindre mesure, d’un effet de change favorable et d’une collecte nette positive.
La collecte a été soutenue dans les métiers Assurance et Wealth Management et l’Asset Management a considérablement réduit sa décollecte par rapport à l’exercice précédent.
En 2014, Securities Services continue de se développer activement, décrochant des mandats de taille significative, tel que celui du groupe Generali pour l’Europe.
L’Assurance continue de développer ses activités à l’international par le biais de partenariats. En 2014, son chiffre d’affaires progresse de 8,5%.

Les revenus progressent donc de 3,7% à périmètre et change constants. Deux métiers y contribuent sensiblement : Securities Services, qui bénéficie de l’augmentation des actifs en conservation et du nombre de transactions ; et l’Assurance, qui continue de profiter des progrès de la prévoyance en Asie et en Amérique latine mais aussi de la progression de l’épargne en Italie. Les revenus de Wealth & Asset Management sont aussi en hausse.
Dans l’ensemble, les coûts d’Investment Solutions progressent moins vite que les revenus, conduisant à une croissance de 7% du résultat avant impôt à un peu plus de 2,2 milliards d’euros.
En conclusion, on peut dire qu’Investment Solutions a réalisé une bonne performance d’ensemble.

7) Concernant le bilan, BNP Paribas a passé l’AQR avec un impact mineur. Où en est aujourd’hui le ratio Common Equitiy Tier 1 de la banque ?

Notre ratio Common Equity Tier 1 est stable à 10,3% par rapport à l’an dernier. C’est un résultat remarquable qui confirme la forte capacité du groupe à générer du capital puisque ce ratio intègre :
- l’impact de l’accord conclu avec les autorités des États-Unis ;
- l’impact mineur de l’AQR, que vous évoquiez, et que nous avions déjà pris en compte ;
- l’introduction anticipée de la Prudent Valuation Adjustment, et
- les trois acquisitions ciblées réalisées dans l’exercice, à savoir Bank BGZ, LaSer et DAB Bank.

8) Globalement, si l’on exclut l’accord avec les autorités des États-Unis, où en êtes-vous de l’exécution de votre plan de développement 2014-2016 ? Que voyez-vous notamment comme éléments positifs ou négatifs au regard des nouvelles contraintes réglementaires ou des prélèvements supplémentaires ?

Si l’on exclut l’accord avec les autorités des États-Unis, nous avons réalisé une bonne performance opérationnelle en 2014, ce qui confirme la vision stratégique de notre plan de développement.
Ceci est illustré, par exemple, par l’évolution prometteuse de nos métiers spécialisés et de nos plans géographiques. Nous avons également lancé des nouveaux projets très importants pour préparer la banque de détail de demain. Je pense par exemple à la banque digitale Hello Bank ! ou aux nouvelles solutions de paiement en ligne telles que PayLib ou Sixdots.

Comme je l’ai indiqué, nous avons également réalisé en 2014 trois acquisitions ciblées qui contribueront dès 2016 au produit net bancaire à hauteur de 1,6 milliard d’euros.

Au-delà de 2014, si l’on considère les frais de gestion, nous allons supporter des coûts supplémentaires de conformité et de contrôle par rapport au plan. Une large part de ces surcoûts s’explique par notre détermination à renforcer nos moyens en matière de conformité et de contrôle interne au-delà du plan de remédiation. Nous allons également subir des coûts additionnels liés à certains nouveaux projets réglementaires.
Compte tenu du succès de notre plan Simple & Efficient et du bon déroulement de ces programmes, nous serons capables de compenser totalement ces surcoûts par de nouvelles économies. Ainsi, nous avons révisé à la hausse l’objectif de notre plan Simple & Efficient, de 2,8 milliards à 3 milliards d’euros d’ici 2016, tout en maintenant inchangés nos coûts de transformation.

Concernant la gestion des risques, nous avons confirmé en 2014 notre capacité à contrôler efficacement les risques, comme en témoigne la stabilité globale du coût du risque. Néanmoins, en Italie, notre coût du risque a été supérieur aux attentes. L’amélioration de la situation économique étant plus lente que prévue, le coût du risque de BNL évoluera selon une trajectoire moins favorable que celle prévue à l’horizon du plan. Nous estimons cependant que les autres métiers du Groupe devraient compenser cet écart. Cela a été le cas en 2014, où le coût du risque chez Corporate Banking et Personal Finance s’est avéré inférieur aux attentes.

Par ailleurs, l’environnement économique actuel et le contexte de taux d’intérêt est plus défavorable qu’attendu. Les taux d’intérêt, notamment, sont sensiblement plus bas, tant à long terme qu’à court terme, particulièrement dans la zone euro. Cela a un impact négatif sur les revenus générés par les dépôts du pôle Retail Banking.

La demande de crédit est restée faible, avec une croissance décevante du PIB dans la zone euro. En fait, notre nouveau scénario montre des écarts négatifs significatifs en termes de croissance cumulée du PIB sur les années restantes du plan.
Certaines évolutions récentes pourraient toutefois améliorer la situation à l’avenir. Je pense en particulier à la forte baisse de l’euro et à celle des prix du pétrole.

Mais ce n’est pas tout. En raison des développements récents sur le plan réglementaire, nous devons intégrer certains prélèvements et frais additionnels par rapport à notre plan.
L’impact principal viendra de l’augmentation des coûts liés au Fonds de Résolution. En dehors de l’Europe, nous subirons également des coûts supplémentaires liés aux nouvelles réglementations visant les banques étrangères aux États-Unis. Je pense tout particulièrement aux frais qu’entraînera la mise en place d’une « société holding intermédiaire » (IHC) et aux frais de mise en œuvre du programme CCAR de surveillance prudentielle. Le groupe doit également intégrer le futur mécanisme d’absorption des pertes TLAC.
Nous estimons que l’ensemble de ces coûts et prélèvements aura une incidence sur le résultat net 2016 de l’ordre de 500 millions d’euros, ce qui représente un impact négatif d’environ 70 points de base sur notre rentabilité des capitaux propres en 2016. Cet impact devrait diminuer ensuite puisque les prélèvements systémiques vont s’atténuer et que le coût du CCAR devrait diminuer après 2016. Par ailleurs, la contribution au Fonds de résolution ne durera que jusqu’en 2022.

Dans l’ensemble, je dirais que les éléments positifs ne compensent pas totalement les éléments négatifs mais que nous avons démontré une fois de plus notre capacité à nous adapter à un environnement qui change et à réaliser de bonnes performances grâce à notre modèle diversifié et à la confiance de tous nos clients.

EuroBusiness Media (EBM) : Jean-Laurent Bonnafé, Administrateur-Directeur Général de BNP Paribas, merci beaucoup !

Jean-Laurent Bonnafé : Merci à vous.

Paris, le 5 février 2015 — Le Groupe BNP Paribas publie ses résultats annuels 2014. Jean-Laurent Bonnafé, Administrateur Directeur Général, commente les résultats du Groupe.
- Site web : invest.bnpparibas.com/fr

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